torero rouge tableau d'Yves Boussin costume de torero - Arles - Yves Boussin

Le peintre s'est planté devant sa toile, comme un toréador. Puissance, impuissance. Puissance de créer, impuissance à saisir l'exacte vérité intérieure, comme arrachée.

Sur la toile, le bleu, le vert, le blanc, ont formé des artères, des souterrains inexplorés, inexplorables, ouvrant sur des paysages oniriques et des entrelacs de racines.

Accélérant leur danse, les pinceaux ont formé des arbres tentaculaires. Ces arbres enlacés se dressaient vers le ciel dans une fulgurante érection. Ils se tordaient de plaisir et d'angoisse. Ils représentaient l'infini insaisissable. Et de cet infini est née la profondeur de la toile.

Alors, le peintre s'y est introduit, sur la pointe des pieds, rectifiant au passage, quelques lumières, quelques ombres, éclairées par les unes et cachées par les autres. Il en est devenu le Maître. Il s'est roulé dans le feuillage dense des baobabs. Il leur a donné sa sève et les a nourris de son sang.

Puis les pinceaux se sont mis à courir, tandis que le coeur du peintre battait la chamade. Il battait au rythme de la danse incessante des pinceaux.

Je vais mourir pensait-il, mourir de plaisir et d'angoisse ! A ce moment, les pinceaux se sont mis en colère. C'est mon sang, disait le peintre... mon sang est rouge et je peindrai des arbres avec mon sang.

Alors les arbres bleus laissèrent la place aux arbres écarlates, tendus vers l'infini blanchâtre, comme pour supplier un instant de répit.

Et les pinceaux dansaient, dansaient toujours plus vite, menés par le génie de l'homme, vers le génie de la création pure.

Le peintre devant sa toile, se sentait devenir immense et tentaculaire et bleu et rouge et battant la chamade, comme le cœur des arbres.

Arbre à son tour, revenu à la source de vie, il est redescendu jusque dans les profondeurs des cavernes lunaires. Entre les racines, il a réinventé la naissance et la tiédeur vulvaire et s'est enfoui dans la blancheur des limbes, apaisé…

Enfin soumis, il a demandé grâce et la grâce est venue, toute nue….

La toile était finie...

La Dame qui passe...

Ce texte fut écrit en même temps qu'un artiste peignait une nouvelle toile... il m'avait permis d'y assister... je le remercie de ce moment rare que j'ai tenté de traduire ici...

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Si vous aimez le dessin et l'aquarelle, les croquis pris sur le vif et les émotions subtiles que savent nous transmettre les artistes... très bientôt, vous trouverez sur ce blog , semaines après semaines, des extraits des carnets de voyage en Israël de mon ami le peintre Yves Boussin...voir la présentation sur : http://www.la-colporteuse-d-histoires.com/ (voir liens)